publiée le 2009-08-03 00:00:00
Retour sur un bluesman de légende avec Dany45...Robert Johnson.
Mon article portera sur le grand bluesman Robert JOHNSON. 29 morceaux enregistrés dans une chambre d'hôtel en 1936 et 1937 qui ont marqué l'histoire du Blues !
Il faut replacer la vie et l'oeuvre de Robert JOHNSON dans son époque : la dépression américaine, la prohibition, et cette tension raciste des années 20 et 30 qui régnait dans le Sud des Etats-Unis.
Avant sa naissance, il était évident que Robert Johnson aurait une vie mouvementée, petit- fils d'esclaves, fils de Julia-Ann Major mère de 10 enfants, abandonnée par son premier mari qui avait dû fuir pour éviter d'être lynché après avoir blessé le fils d'une puissante famille blanche, Julia fit la connaissance d'un métayer Noah Johnson qui devint son amant et dont naquit le petit Robert le 8 mai 1911 à Hazelhurst. Expulsée en 1914, Julia rejoint son mari à Memphis mais finalement le quitte et s'installe près de Robinsonville à 60 Kms au sud de Menphis, c'est là que grandit Robert, apprenant l'harmonica.
La musique l'intéressait plus que le travail et ayant des problèmes de vue, il quitta l'école. Robert eut sa première guitare en 1927 et commença à apprendre l'instrument avec les vieux bluesman de Robinsonville. Il se marie à 18 ans mais sa femme et l'enfant qu'elle portait meurent le jour de l'accouchement. Elle avait 16 ans, Robert ne s'en remettra pas et sera marqué toute sa vie par ce drame.
C'est alors que commença la vie de musicien de Robert, il rencontre Son House qui reconnaît ses talents à l'harmonica mais se moque de ce piètre guitariste. Robert ravale sa fierté et joue de la guitare dans les bals où il acquiert un style et de l'expérience. En 1933, il commence une vie de musicien itinérant dans le Delta et le Tenessee, il s'associe au bluesman Johnny Shines et joue dans les bars clandestins, les échoppes de coiffeurs ou tout simplement dans des rues poussièreuses. Alors qu'ils vivaient comme des chiens, Robert restait digne et propre.
Robert finit par se forger un style unique, jouant le plus souvent en open-tuning avec la main droite en technique picking faisant le travail de 2 guitaristes à la fois (basses et mélodie) ce qui lui vaut un certain succès régional.. Il montre ses progrès à Son House qui s'était moqué de lui 2 ans plus tôt, celui-ci reconnaît alors être dépassé par l'élève.
En 1936, Don Law (ARC/Vocalion) effectue une session d'enregistrement de "talents locaux" à San Antonio. En 3 jours, Robert enregistre 16 morceaux qui lui apportèrent un certain succès, il vendit 5.000 78 tours de "Terraplane Blues" dans le circuit "race records" réservé à la communauté noire.
En juin 1937 ARC/Vocalion le fait venir à Dallas pour enregistrer 13 autres titres en 2 jours.. Ses disques se vendaient mais sa vie n'avait pas réellement changée : bals, fêtes, coins de rue, bars, alcool, femmes.
Sa mort reste mystérieuse, un soir dans un bar glauque, à Greenwood dans le Delta du Mississippi, il but une bouteille de whiskey goulûment. Mal lui en prit, elle contenait de la strychnine.. Petit cadeau du tenancier du bar qui n'avait pas apprécié de voir le bluesman tourner autour de sa femme... Robert agonisa 3 jours et mourut le 16 Août 1938..A part ses proches (sa famille, Jonhhy Shines, Robert Jr Lockwood) sa mort n'intéresse pas grand monde, mais dès 1938, à l'occasion du concert où il devait se produire (et où il fut remplacé par Big Bill Broonzy) nait le mythe : musique surnaturelle, alliance avec le diable, mort violente...
Ce concert "From Spiritual To Swing" organisé par John Hammond au Carnegie Hall le 23 décembre 1938 avait pour objectif de donner un vaste panorama de la musique noire-américaine à un public blanc qui la méconnaissait alors totalement..Puis Robert Johnson est oublié de presque tous jusqu'en 1962, quand Columbia Records ressort 16 titres dans "Robert Johnson : King of the delta blues singers". Une nouvelle carrière (malheureusement posthume) commence alors, à travers les nombreuses reprises que la nouvelle génération (Eric Clapton, John Mayall, Rolling Stones, etc.) fait de ses titres (Crossroad Blues, Love in Vain, Sweet Home Chicago...). Et la flamme n'est pas prête de s'éteindre avec Keb Mo, Greg Brown, Patrick Verbecke, Peter Green.
Et le dernier mot pour Francis Cabrel dans son album "Hors saison", dans la chanson : "Hell Nep Avenue" (elle n'est pas venue) :
"Avenue du Blues, boulevard de personne
On y a vu trainer Robert Johnson
Jusqu'au matin grattant la misère, la misère "
Source: jiwa